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Publié le 31 - 03 - 2025

    L’épargne salariale, une valeur forte pour la CFE-CGC

    Marielle Mangeon, déléguée nationale à l’économie pour la CFE-CGC, revient sur le dispositif d’épargne collectif, qui, en plus d’associer les salariés aux résultats de leur entreprise, permet de donner du sens à leur épargne.

    Quelle est la vision stratégique de la CFE-CGC sur le partage de la valeur et les mécanismes d'épargne salariale ?

    La CFE-CGC a toujours été impliquée afin d’orienter la législation en faveur d’une épargne salariale garantissant des conditions optimales de sécurité et de justice. Elle fait partie des quatre organisations syndicales à l’origine de la création du Comité intersyndical d'épargne salariale (CIES)1, un organisme précurseur qui a établi un label éponyme et reconnu pour son expertise et son action en faveur de l’épargne responsable. Preuve s’il en est, la loi sur le partage de la valeur, qui impose depuis le 1er janvier 2025 aux entreprises de proposer 2 fonds labellisés parmi 5 labels… dont le CIES.

    Sur ce sujet, nous sommes des pionniers, notre label existait bien avant les labels ISR (Investissement socialement responsable) ou Greenfin ! Et les enjeux sont de taille. Les derniers chiffres de l’AFG2 montrent la forte progression de l’épargne salariale dont l’encours atteint le niveau historique de 200 milliards d’euros en 2024, une progression annuelle de 6,5 %. Et environ 20 % des fonds sont certifiés CIES.

    Comment la CFE-CGC concilie-t-elle promotion de l'épargne salariale et défense d'une rémunération juste et attractive pour les salariés ?

    Nous assistons depuis plusieurs décennies à une dérive préoccupante de financiarisation de l’économie avec des conséquences sur le partage de la valeur entre entreprises, actionnaires et salariés et ceci au détriment de ces derniers, mais au bénéfice des actionnaires. Or, la reconnaissance des compétences et de l’investissement des populations de l’encadrement est un de nos principes fondateurs : pour qu’une société soit juste et équilibrée, il faut que le travail soit rémunéré correctement. De ce fait, si nous soutenons l’élargissement des dispositifs de partage de la valeur aux salariés, ils ne doivent jamais se substituer aux augmentations de salaires ! D’autant qu’avec l'inflation, les populations que nous défendons font face à une baisse de leur pouvoir d’achat. 

    Comment vous assurez-vous que cette épargne est correctement utilisée ?

    Les sociétés de gestion doivent veiller à ce que les entreprises dans lesquelles est investie l’épargne des salariés se distinguent par une forte exigence sociale et environnementale. Notre label CIES comporte des critères sociaux ambitieux, par exemple sur la qualité du dialogue social, la qualité de l’emploi ou encore la lutte contre les discriminations. 

    Le sujet de la gouvernance est également primordial. Lors de la dernière négociation sur le partage de la valeur, la CFE-CGC a insisté sur la nécessité de plus de transparence concernant la politique de vote des conseils de surveillance des gestionnaires de fonds lors des assemblées générales (sur les montants des rémunérations des dirigeants, etc.).

    Enfin, chaque fonds ou gamme de fonds est surveillé par un comité de suivi du CIES qui se réunit deux fois par an, auditionne les représentants des sociétés de gestion et contrôle le respect du cahier des charges. Si le cahier des charges du CIES n’est pas respecté, le label CIES est retiré.  

    Quels sont les projets futurs de la CFE-CGC et du CIES ? 

    Sécuriser l’épargne des salariés et promouvoir des placements qui ont du sens demeure notre priorité. Notre but n'est pas d'alimenter aveuglément la financiarisation ni de rechercher une rentabilité à n’importe quel prix. Cela est d’autant plus important pour les petites entreprises, puisque depuis le 1er janvier 2025, celles de 11 à 49 salariés qui atteignent un certain niveau de bénéfice seront obligées d’instaurer au moins un dispositif de partage de la valeur. Elles doivent être soutenues. 

    En parallèle, la CFE-CGC travaille sur un projet ambitieux : construire avec un gérant de fonds un label thématique en association. L’idée est de créer un fonds à impact fléchant l’épargne salariale vers des entreprises industrielles qui ont une dynamique de création de valeur et d’emploi en France. 

    Quels conseils donnez-vous aux négociateurs CFE-CGC amenés à négocier ces sujets (mise en place, suivi, etc.) ?

    Notre première recommandation est de veiller à ce que l'épargne salariale ne soit pas négociée aux dépens des rémunérations et de dissocier clairement ces deux sujets, notamment par le biais de négociations séparées. 

    De plus, il est nécessaire d'étudier attentivement les résultats de la société ainsi que sa politique de partage de valeur : est-elle équilibrée entre salariés, actionnaires et investissements ?

    Enfin, le choix des supports est crucial : il faut s'assurer d’orienter l’épargne vers des options certes, performantes, mais qui correspondent aussi aux valeurs sociales et environnementales, avec des fonds verts et solidaires labellisés.

    Les négociateurs peuvent consulter le guide CFE-CGC, demander conseil à la confédération ou à nos membres du CIES, qui disposent de personnels extrêmement qualifiés en vue de négocier ou renégocier les contrats avec la société de gestion. 

    L'épargne salariale vers les fonds durables a la cote, mais une étude de l'ONG Reclaim Finance en 2024 révélait que la majorité (70 %) des fonds « durables » sont exposés à des entreprises développant de nouveaux projets d'énergies fossiles. Comment éviter cette absence de séparation ?

    Un fond, c’est la plupart du temps un mélange d’actifs, c’est rarement entièrement vert, durable ou solidaire. 

    Il est tout à fait possible pour des entreprises « polluantes » d’investir pour partie dans des activités vertes ou d’être en transition. Ces entreprises ont d’ailleurs, pour certaines, des plans de décarbonation qui sont très ambitieux. Si l’on souhaite accélérer et accompagner la transition, nous devons aussi considérer qu’il est nécessaire d’investir dans ces entreprises… 

    Cela étant, il peut arriver que seuls 10 % des actifs correspondent à des activités durables ou solidaires. D’où la difficulté de s’y retrouver parfois dans le maquis des offres d’épargnes dites « responsables ».

    C’est tout le sens des labels et des cahiers des charges qui y sont associés : ils doivent servir à éclairer au mieux les salariés dans leur choix d’investissement. C’est un sujet complexe, et la situation est loin d’être parfaite mais on progresse. La révolution ne se fera pas en un jour, et les choses bougeront petit à petit, jusqu’au jour où il sera possible d’avoir des fonds complètement responsables.

    1 Avec la CFDT, la CFTC et la CGT
    2 Association Française de la Gestion d’Actifs

    Propos recueillis par François Tassain