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Publié le 01 - 04 - 2025

    La CFE-CGC engagée pour la justice sociale à un niveau mondial

    Lancée par l’Organisation internationale du travail (OIT) il y a 2 ans, la Coalition mondiale pour la justice sociale vise à réunir gouvernements, employeurs et travailleurs pour résoudre les défis sociaux de demain. Un projet auquel participe la CFE-CGC.

    Dans un contexte marqué par des crises économiques ainsi que des instabilités géopolitiques croissantes aux conséquences dévastatrices, les droits et la situation des travailleurs (déplacements de population, inégalités salariales, hausse du coût de la vie et de la pauvreté, contestation du droit de grève, protection des lanceurs d’alerte…) sont plus que jamais menacés.

    Or, en contribuant au meilleur fonctionnement des sociétés et des économies, réduisant ainsi la pauvreté et les inégalités, la justice sociale joue un rôle important dans l’instauration d’une prospérité partagée, d’une stabilité gage de paix et d’un développement socio-économique plus durable. 

    Prenant acte de la puissance grandissante des multinationales et de l'érosion progressive des droits sociaux, c’est en 2023 que l'Organisation internationale du travail (OIT) a lancé la Coalition mondiale pour la justice sociale. Objectif, replacer le social au cœur des débats internationaux, créer un espace de dialogue entre les gouvernements, les organisations syndicales et les entreprises, mais aussi produire des recherches analytiques et statistiques pouvant favoriser le partage des connaissances et des bonnes pratiques. 

    Un contrepoids face aux intérêts des multinationales

    « Les tensions géopolitiques actuelles nous obligent à repenser nos stratégies de protection des droits sociaux. Cette Coalition peut être un contrepoids face aux intérêts des multinationales et des gouvernements conservateurs », explique Anne-Catherine Cudennec, secrétaire nationale CFE-CGC en charge du secteur Europe, International et Droits humains.

    Elle rappelle également que la plupart des violations des droits syndicaux des travailleurs viennent d’entreprises dont le siège social est en Europe, berceau de la plupart des multinationales.

    La Coalition comprend une instance de gouvernance tripartite (16 représentants gouvernementaux, 8 représentants des employeurs et 8 représentants des travailleurs) qui requiert un accord des trois-quarts des voix pour prendre une décision. « Notre participation est une opportunité unique de promouvoir la justice sociale. C'est un moyen supplémentaire de donner une voix aux travailleurs dans les instances internationales », souligne Anne-Catherine Cudennec. « L’action d’un syndicat peut se déployer à deux échelles : macro, en influençant les normes internationales, et micro, en donnant des outils à nos militants. »

    Cette Coalition peut être un contrepoids face aux intérêts des multinationales et des gouvernements conservateurs »

    Des actions concrètes difficiles à mettre en place

    Cependant, il reste beaucoup à faire. Lancée lors du Forum inaugural de la Coalition mondiale pour la justice sociale, l’organisation, 2 ans après sa création, peine encore à opérer de manière concrète. « Les employeurs ne sont pas tous enthousiastes face à cette Coalition et, naturellement, l'initiative peine à trouver sa pleine mesure. Mais c'est précisément pourquoi il est essentiel que les syndicats s'impliquent », explique Anne-Catherine Cudennec.

    Le financement constitue un premier frein : à l’origine, l’initiative ne devait pas engendrer de couts supplémentaires pour l’organisation. La proposition du budget 2025 d’y consacrer un montant spécifique avait d’ailleurs suscité certaines réactions négatives. Réactions qui ont participé au frein de la concrétisation de ses objectifs, et explique que son potentiel reste encore largement sous-exploité. 

    Toutefois, plusieurs rendez-vous sont d'ores et déjà programmés pour donner corps à cette Coalition. Une demi-journée de tables rondes est prévue cette année pour faire un point d'étape, tandis que le deuxième Sommet mondial pour le développement social, prévu du 4 au 6 novembre 2025 à Doha (Qatar) constitue un enjeu majeur pour l’OIT de garder sa place d’agence référente sur les questions sociales au sein du système multilatéral.

    « Cette Coalition mondiale n'est pas une fin en soi, mais un moyen de maintenir le dialogue et préserver les droits sociaux. Notre espoir est de voir émerger des actions concrètes », résume Anne-Catherine Cudennec. 

    Un engagement nécessaire 

    Pourquoi donc adhérer à cette organisation ? « La CFE-CGC est résolument engagée dans toute initiative favorisant la justice sociale et la réduction des inégalités. Adhérer à cette Coalition nous permet d’obtenir des informations précieuses sur ce qui se passe à l’échelle mondiale, mais aussi de nous positionner comme un partenaire à part entière dans les différentes instances internationales », confie Anne-Catherine Cudennec. Cette démarche proactive permet de faire progresser l’aura internationale et la légitimité du syndicat, qui sera mieux en mesure d'influencer les positions françaises concernant les travailleurs.

    Adhérer à cette Coalition nous permet de nous positionner comme un partenaire à part entière dans les différentes instances internationales »

    « Bien que ses contours demeurent encore imprécis, nous sommes persuadés qu'il est essentiel que les travailleurs s'impliquent pour orienter cette initiative dans la bonne direction », juge Anne-Catherine Cudennec, qui argue que la présence de la CFE-CGC et d’autres syndicats (CFDT et FO notamment) permettra de garantir que les intérêts des travailleurs restent au centre des préoccupations et des négociations.

    « Face au rouleau compresseur de certains pays et multinationales, couplé à une tendance européenne à suivre le mouvement, il devient impératif de se battre pour préserver la justice sociale. Bien que le projet puisse paraître encore large et insuffisamment abouti, l'essentiel est d'avoir une grande idée initiale capable de fédérer et de transformer », conclut-elle.

    Propos recueillis par François Tassain