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L’occasion manquée des assises de la parentalité
De février à juin 2026, les travaux des « Assises de la parentalité » ont mobilisé administrations, associations, partenaires sociaux et élus. Si les propositions sont nombreuses, la CFE-CGC regrette le manque de clarté de leur mise en œuvre.
Améliorer la politique publique de soutien à la parentalité, tel était l’objectif des assises de la parentalité. Cette « démarche de concertation », lancée par la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist et la haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry, associait de nombreuses associations ainsi que les partenaires sociaux au sein de quatre groupes de discussions. Ces derniers ont échangé entre février et juin, multipliant les propositions de mesures pour améliorer la situation des parents français. Avec comme ligne de mire un but très simple : relancer la natalité en facilitant le quotidien des parents français. Mais s’il est aisé d’avoir des idées, qu’en sera-t-il de leur application ? Voici le plus gros point d’interrogation en suspens.
LES AIDES À LA PARENTALITÉ, TOUJOURS INSUFFISANTES
La CFE-CGC participait au groupe 2, intitulé « Articuler parentalité et vie professionnelle ». Les constats étaient simples : « Il existe aujourd’hui une asymétrie d'information, non seulement entre les mères et les pères, mais aussi entre les grandes entreprises et les PME », note la CFE-CGC, qui rappelle également l’insuffisance de traitement de grandes causes comme la dépression post-partum, la charge mentale, les canicules et la garde d’enfants.
Parmi les nombreuses propositions du groupe 2, plusieurs ont été portées en particulier par la CFE-CGC, notamment la publication d’un corpus commun centralisant tous les droits des salariés et des employeurs, secteur public et privé, d'ici janvier 2027.
UN MANQUE DE VOLONTÉ POLITIQUE
Mais le plus gros chantier est celui des nombreux congés parentaux existants. Sur ce sujet, la CFE-CGC note « des disparités importantes selon la branche d’activité, le type d’entreprise et son implantation géographique, ce qui limite finalement le bénéfice de ces dispositifs à très peu de salariés ». Pour la CFE-CGC, améliorer les dispositifs légaux actuels afin que tous puissent en profiter n’est pas seulement souhaitable. Il s’agit aussi d’une possibilité concrète, car la branche famille affiche des excédents récurrents (2,9 milliards d’euros en 2021, 1,9 en 2022, 1 en 2023, 1,1 en 2024 et 1,2 en 2025).
Clairement, l’argent est là. Ne manque donc que la volonté politique. Et, si la création du congé de naissance supplémentaire est un premier pas salué, la CFE-CGC y voit encore une avancée incomplète, car « son indemnisation, plafonnée et affectée de coefficients réducteurs, pénalise les classes moyennes et dissuade la personne percevant le revenu le plus élevé d’un foyer d’y recourir ».
Concernant le congé parental spécifiquement, la CFE-CGC a rendu plusieurs observations : le fait qu’il éloigne souvent les bénéficiaires de l'emploi, qu’il est pris par les femmes à 99 %, que le nombre de bénéficiaires de la PreParE (Prestation Partagée d'Éducation de l'enfant) diminue chaque année, et enfin, que peu de parents se partagent la prestation jusqu'aux 3 ans de l'enfant. En conséquence, elle propose de raccourcir la durée indemnisée de 3 à 1 an (avec possibilité de prolonger le congé sans indemnisation jusqu'à 3 ans). Autre enjeu, l’indemnisation, que la CFE-CGC propose de porter à 80 % du salaire, sans plafond (au lieu d’un montant brut), afin de « ne pas pénaliser les classes moyennes et les femmes cadres », tout en portant l’indemnisation complémentaire employeur jusqu'à 100 %.
POUSSER LES HOMMES VERS LE CONGÉ PATERNITÉ
La CFE-CGC a aussi constaté qu'un plafond de verre persiste pour les femmes cadres. Ce dernier est en partie dû à l'inégale répartition des tâches domestiques et familiales (71 % du travail domestique et 65 % du travail familial assurés par les femmes), qui pèse sur leur évolution de carrière.
Elle recommande donc d'inciter davantage les pères à recourir aux congés familiaux, afin que la responsabilité de l’enfant dans les premières semaines suite à sa naissance n’échoit pas uniquement aux femmes. Mais comment opérer un changement des mentalités ? Par la communication, via des campagnes d'information par les pouvoirs publics sur les conditions de prise et de financement des congés, ainsi qu'une obligation pour l'employeur d'informer les salariés des modalités applicables dans l'entreprise. Elle souhaite également que la parentalité soit systématiquement abordée lors des entretiens annuels, avec des manageurs formés à accueillir les contraintes des jeunes parents.
Vis-à-vis du congé paternité lui-même, la CFE-CGC recommande de renforcer la partie obligatoire du congé, de supprimer le fractionnement de la partie non obligatoire pour favoriser un véritable investissement du père auprès de l'enfant, de resserrer la période de prise du congé à 4 mois après la naissance afin qu'il reste proche de l'événement, et de porter l'indemnisation de la partie obligatoire à 100 % du salaire.
CHANGER LES MENTALITÉS EN ENTREPRISE
La CFE-CGC propose également d'intégrer davantage la question de la charge de travail dans les accords QVCT. Ceci pourrait être fait par l’intermédiaire de groupes de discussion sur les pratiques et l'organisation du travail. Ces derniers pourraient aussi favoriser d'autres mesures, comme l’instauration d’une plage horaire élargie pour le télétravail, qui permettrait de concilier autonomie du salarié, respect des temps de repos et prévention de l'isolement. Par ailleurs, elle plaide pour la modernisation de la Charte de la parentalité en entreprise, déjà signée par 1 000 employeurs. L’objectif serait « de la rendre plus inclusive vis-à-vis du handicap, de l'adoption et de la monoparentalité, ainsi que pour l'expérimentation de la semaine de 4 jours », cette dernière étant particulièrement utile pour les parents.
AMÉLIORER LES CAPACITÉS D'ACCUEIL DANS LES CRÈCHES
La CFE-CGC a aussi souligné la nécessité de développer et diversifier les modes de garde de la petite enfance sur tout le territoire, dénonçant un « déficit criant de places ». Car la situation est grave, voire urgente : dans certaines grandes villes, moins d'un enfant sur quatre peut accéder à une crèche municipale, et la création de places en crèches privées est tombée en 2025 à son plus bas niveau depuis 2017. Elle appelle donc à renforcer les moyens des municipalités pour créer des places supplémentaires, ainsi qu'à investir dans la formation et la rémunération des métiers de la petite enfance afin de les rendre plus attractifs.
UN COUP D’ÉPÉE DANS L’EAU ?
Si les propositions des autres groupes (cf encadré) lors de ces « Assises de la parentalité » sont jugées « encourageantes, intéressantes et pertinentes », par la CFE-CGC, elle considère que les modalités concrètes de la mise en œuvre de toutes ces mesures demeurent à ce stade assez floues, ce qui ne permet pas d'apprécier pleinement leur portée ni leur efficacité, ni même de garantir leur application. D’autant que chacune fera l’objet d’un arbitrage ministériel, ou seront l’objet d’expertise ou de concertation complémentaire, en vue de formaliser un projet de feuille de route.
Le risque est donc que ces Assises restent, faute de financement, une belle lettre morte.
François Tassain
LES TROIS AUTRES CHANTIERS DES ASSISES
Le groupe 2 n'était pas seul : trois autres groupes de travail ont planché sur la parentalité sous d'autres angles.
Accompagner les parents d'adolescents
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Un meilleur accès à l'information : guides, portail des services, volet ado renforcé dans le carnet de santé
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Un accompagnement renforcé : maisons de l'adolescence, pair-aidance, espaces parents au collège
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Des professionnels mieux formés, via de nouveaux modules dédiés
Un usage maîtrisé du numérique
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Une charte de la parentalité numérique, misant sur le temps partagé plutôt que sur les interdits
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Cette charte conditionnerait les financements du Fonds National de Parentalité de la CNAF