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Publié le 26 - 01 - 2026

    Les élus du personnel déplorent un dialogue social qui s’érode

    Si l’utilité du CSE reste largement reconnue par les salariés et les employeurs, les représentants du personnel pointent un déficit d’écoute des directions, selon le 8e Baromètre Syndex réalisé avec l’Ifop.

    Un dialogue social fragilisé mais des représentants des salariés qui demeurent déterminés dans un contexte économique dégradé. Tels sont les principaux enseignements du 8e Baromètre sur l’état des relations sociales en entreprise présenté le 22 janvier par le cabinet Syndex avec l’Ifop

    LES SALARIÉS ONT PLUTÔT UNE BONNE IMAGE DE LEUR CSE

    « Malgré un contexte difficile, il faut noter la détermination et la motivation des élus du personnel, portés par la défense des droits des salariés, l’amélioration des conditions de travail et un mandat valorisant plutôt bien accepté et reconnu par la direction et bien identifié par les salariés », souligne Claire Morel, membre du comité de direction de Syndex. Une majorité de salariés (59 %, un chiffre au plus haut depuis la première mesure en 2021) déclarent ainsi se sentir bien représentés par leur conseil économique et social (CSE) et avoir une bonne image de l’instance (67 %).

    Là où le bât blesse, c’est que les représentants du personnel continuent, d’année en année, à se montrer plus critiques vis-à-vis du dialogue social, lui attribuant cette année une note de 5,1 sur 10 (contre 5,9 pour les salariés et 7,7 pour les employeurs), en recul depuis 3 ans.

    UNE PRISE EN COMPTE DES AVIS JUGÉE À LA BAISSE PAR LES REPRÉSENTANTS DU PERSONNEL

    Plusieurs indicateurs poursuivent leur érosion, en particulier l’absence de prise en compte des revendications et des avis des représentants du personnel (notée 4,7 sur 10, en recul de 0,4 sur un an et de 0,8 sur 2 ans), la transmission et la qualité de l’information (5,4 sur 10 ; -0,3), la confiance entre les participants (5,5, -0,3), la visibilité de l’agenda social (5,7 ; -0,1) et la capacité à produire des accords (5,7 ; -0,7 depuis 2 ans).

    « Les représentants du personnel expriment plusieurs attentes majeures pour renforcer leur capacité d’action, en particulier des avis qui comptent réellement, analyse Nicolas Weinstein, membre du comité de direction de Syndex. Aujourd’hui consultatifs, les avis du CSE devraient selon eux peser davantage dans les décisions stratégiques, et ne plus être perçus comme une simple formalité. »

    Interrogés sur leur manière de concevoir le dialogue social, représentants des salariés (91 %) et salariés (80 %) en appellent à un meilleur partage du pouvoir en entreprise entre l’employeur/actionnaire, le CSE, les représentants du personnel et les salariés. Ils souhaitent aussi que les salariés soient davantage consultés sur leur travail et la manière de l’exercer.

    DIALOGUE SOCIAL SOUS TENSION DANS UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE DÉGRADÉ

    S’agissant de la conjoncture, si 65 % des représentants du personnel estiment bonne la situation économique de leur entreprise, il s’agit du plus faible score enregistré depuis 2018, confirmant un contexte économique dégradé (incertitudes politiques et économiques, croissance modérée, problématique de pouvoir d’achat, etc.). Une majorité de représentants du personnel (58 %) jugent leur direction « tendue » (contre 52 % en 2024) et « fermée » (52 % contre 48 %).

    RECUL DES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX, MONTÉE EN PUISSANCE DE L’IA

    Concernant les sujets jugés prioritaires à traiter par le CSE, les représentants du personnel plébiscitent les risques psychosociaux (94 %) devant les conditions de travail (93 %), la sécurité au travail (85 %), puis le pouvoir d’achat, les rémunérations et le partage de la valeur (80 %).

    Le 8e Baromètre Syndex/Ifop fait aussi état d’un recul des enjeux environnementaux, prioritaires pour seulement 28 % des représentants du personnel (contre 32 % il y a un an). « Cette prérogative reste encore peu embarquée dans le dialogue social faute de temps et de moyens, indique Claire Morel. Parmi les élus de CSE que nous accompagnons, la priorité est souvent donnée à d’autres sujets, et le manque de formation et d’expertise les freinent. »

    À l’inverse, le développement de l’intelligence artificielle et son impact sur l’activité de l’entreprise est une thématique qui monte en puissance et jugée prioritaire pour 24 % des représentants du personnel (+8 points sur 1 an et +14 points sur 2 ans).

    Mathieu Bahuet