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Publié le 16 - 07 - 2026

    Hausse des températures : la France doit accélérer son adaptation

    Les récents épisodes de canicule ont notamment mis en exergue l’inadaptation des équipements publics et du monde du travail. Pour la CFE-CGC, l’adaptation climatique doit devenir un objet de dialogue social à part entière.

    Les récentes canicules en France posent une question simple : notre pays est-il réellement prêt à affronter le changement climatique, et en particulier la hausse des températures ?

    UNE NOUVELLE RÉALITÉ CLIMATIQUE

    Les températures augmentent, et même plus rapidement qu’anticipé. Le rapport annuel du Center for Medium-Range Weather Forcats (ECMWF) publié en janvier dernier montre que 2025 est (avec 2024 et 2023) la troisième année la plus chaude depuis le début des mesures en 1940. Selon ce rapport, la moyenne des températures mondiales pour les trois années 2023-2025 a dépassé les +1,5 °C par rapport à la moyenne préindustrielle (1850-1900).

    L’Europe est la région la plus impactée avec un réchauffement deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Et les canicules de juin et juillet mettent en évidence l’impréparation de la France face à un phénomène pourtant identifié depuis des décennies par les scientifiques.

    LE DÉFI D'UN BÂTI ET D’ÉQUIPEMENTS PUBLICS RÉSILIENTS FACE AUX VAGUES DE CHALEUR

    Près de 40 % des logements en France ne disposent pas d'une protection solaire suffisante, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux épisodes de forte chaleur. Cette situation concerne une partie du parc ancien mais aussi des logements récents dont l'architecture n'est pas toujours conçue pour limiter les surchauffes estivales.

    La question de la rénovation du parc immobilier français n'est pourtant pas nouvelle. Le secteur du bâtiment est l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Afin d'améliorer la performance énergétique des logements et de réduire les consommations d'énergie, le diagnostic de performance énergétique (DPE) a été mis en place et les politiques publiques se sont concentrées depuis plusieurs années sur la rénovation des passoires thermiques.

    Toutefois, cette approche s'est principalement focalisée sur les besoins de chauffage en hiver, tandis que le confort d'été et la résistance des bâtiments aux fortes chaleurs sont restés relativement peu pris en compte. Un logement bénéficiant d'un bon DPE peut donc malgré tout être mal adapté aux températures élevées. L'adaptation du parc immobilier aux vagues de chaleur apparaît donc désormais comme un enjeu majeur qui doit être intégré aux politiques de rénovation et de construction.

    Dans les hôpitaux et les EPHAD, les bâtiments, les équipements et les personnels ont été mis sous tension : températures élevées dans les locaux, appareils en surchauffe, ascenseurs en panne, etc. Il y a aussi un besoin en tenues adaptées aux fortes chaleurs, en climatiseurs mobiles, en brumisateurs… Ces réponses d’urgence sont indispensables mais ne peuvent se substituer à une stratégie d’investissement et d’adaptation du service public de santé et du médico-social. La Fédération hospitalière de France (FHF) appelle ainsi à un plan massif d’investissement pour adapter les hôpitaux publics et les EHPAD aux canicules répétées.

    Les écoles ont aussi été fortement touchées. De nombreux établissements ne sont pas adaptés à l’accueil d’enfants dans un contexte de forte chaleur. Seules des solutions d’appoint ont été proposées. Bien qu’indispensables, elles sont insuffisantes face à un risque sanitaire désormais récurrent qui nécessite des changements structurels. Un rapport du Sénat de 2023 appelait pourtant déjà à faire de la rénovation thermique des écoles un sujet prioritaire.

    LE PNACC : DES AVANCÉES FREINÉES PAR LE MANQUE DE MOYENS

    En mars 2025, la France a publié son troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). Ce plan intègre notamment la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), afin de fournir à l’ensemble des acteurs un référentiel commun pour préparer une France à +4 °C à l’horizon 2100. En parallèle, le décret du 27 mai 2025 a renforcé les obligations de protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, applicables depuis le 1er juillet 2025.

    Toutefois, les moyens alloués à la mise en œuvre de ce plan demeurent insuffisants. C’est ce que soulignait l’avis du Conseil national de la transition écologique (CNTE) de janvier 2025, qui appelait à une augmentation des financements publics, notamment via le Fonds vert, tout en rappelant que les moyens financiers devaient s’accompagner de moyens humains suffisants.

    Le gouvernement a pourtant récemment acté une baisse de 20 % du budget du Fonds vert, un dispositif visant à soutenir les collectivités territoriales dans leurs investissements en faveur de la transition écologique. Il ne s’agit pas de la première diminution de ses crédits : son budget est passé de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions d’euros en 2026. Un tel niveau de financement apparaît insuffisant au regard des enjeux d’adaptation des collectivités : rénovation des écoles, adaptation des hôpitaux et des EHPAD, îlots de fraîcheur, végétalisation, réseaux d’eau, continuité des services publics et protection des populations les plus vulnérables.

    FAIRE DE L’ADAPTATION DU TRAVAIL UN SUJET CENTRAL DE DIALOGUE SOCIAL

    Cette récente montée des températures a aussi mis en exergue l’inadaptation du monde du travail aux fortes chaleurs. Le Human Adaptation Institute avait publié en 2025 une « grande enquête » sur la chaleur qui montre que les impacts ne se limitent pas à l’inconfort : baisse de motivation, perte de concentration, irritabilité, fatigue et dégradation du sommeil affectent la santé et l’activité.

    Aujourd’hui, les employeurs ont des obligations renforcées d’aménagement des horaires de travail, d’adaptation des postes et des lieux de travail, de mises à disposition d’eau fraîche, d’augmentation des temps de pause… Mais cela n’est pas encore suffisant : les entreprises doivent être plus sensibilisées à ces questions et les salariés doivent être formés sur les mesures d’adaptation et de protection contre les épisodes de forte chaleur.

    La CFE-CGC a traité ce sujet en publiant un guide sur « l’adaptation du travail au changement climatique » consacré au rôle des salariés et du dialogue social dans l’anticipation et l’accompagnement de l’évolution du travail. Ce guide insiste sur des leviers concrets : plans d’action face aux vagues de chaleur, prévention des risques climatiques, adaptation des locaux, formation des salariés et intégration du sujet dans les démarches de dialogue social.

    Le 24 juin dernier, le ministre du Travail a reçu les partenaires sociaux afin de dresser l’état des lieux des mesures mises en œuvre pour protéger la santé des salariés et proposer la création d’un groupe de travail dès la rentrée. Cette démarche doit être l’occasion d’aller au-delà des réponses d’urgence : il faut travailler sur les usages, les organisations, les locaux, les équipements, la formation de l’encadrement et la continuité d’activité en période de canicule.

    Pour la CFE-CGC, l’enjeu n’est pas seulement technique. Il est social et démocratique. Les salariés, les représentants du personnel, les CSE, les encadrants et les branches professionnelles doivent être associés à l’identification des vulnérabilités, à la définition des plans d’action et au suivi des mesures. L’adaptation climatique doit devenir un objet de dialogue social à part entière, au même titre que la santé au travail, les compétences, l’organisation du travail ou la stratégie de l’entreprise.

    CONSTRUIRE UNE SOCIÉTÉ RÉSILIENTE ET JUSTE FACE AUX CANICULES

    Les conséquences de la canicule ont été adressées dans l’urgence, sans réel message sur le changement climatique et sans solutions concrètes. Cela laisse donc place à des stratégies d’adaptation individuelles et inégalitaires. Les canicules sont des événements climatiques extrêmes mais ils témoignent de la hausse inéluctable des températures auxquelles nous devons nous adapter.

    L'adaptation aux vagues de chaleur nécessite une combinaison de réponses complémentaires. La rénovation du bâti afin d'améliorer le confort d'été, l'aménagement d'espaces urbains plus résilients ou encore la climatisation de certains bâtiments sensibles tels que les écoles, les hôpitaux et les EHPAD, constituent autant de leviers à mobiliser.

    Aucune de ces solutions ne peut cependant répondre, à elle seule, à l'ensemble des enjeux liés à l'intensification des épisodes de chaleur. Il est également essentiel de ne pas opposer adaptation et atténuation. Les politiques d'adaptation au changement climatique doivent être menées en parallèle des efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

    Ces épisodes de canicule doivent devenir un déclencheur. La France dispose désormais d’un cadre d’adaptation mais celui-ci doit être financé, piloté et décliné au plus près des territoires et des entreprises. Pour la CFE-CGC, l’enjeu est clair : faire de l’adaptation climatique un sujet de justice sociale, de santé au travail, de compétences, de dialogue social et de services publics. C’est à cette condition que la transition écologique pourra être comprise, acceptée et réellement efficace.

    Vinciane Vialard