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Publié le 20 - 07 - 2022

    « Construire un modèle d’entreprise plus responsable et durable »

    Lors des « Rencontres de l’Hémicycle », Gérard Mardiné, secrétaire général confédéral, a donné la vision de la CFE-CGC sur les nouveaux enjeux de l’entreprise sociale, rappelant la nécessité d’en faire évoluer la gouvernance.

    Réunissant des acteurs politiques, de la société civile et du monde économique pour débattre des grands sujets d’actualité, les Rencontres de L'Hémicycle se sont récemment penchées sur les nouveaux enjeux de l’entreprise sociale (voir le replay du 5 juillet ici en vidéo).

    Aux côtés de Thibault Lanxade (PDG de Luminess et président du conseil d’administration de l’Urssaf), de Brigitte Pisa (vice-présidente de l'Agirc-Arrco) et de Karen Gournay (secrétaire confédérale FO), Gérard Mardiné, secrétaire général confédéral, a fait valoir les analyses et les propositions de la CFE-CGC. Nous reproduisons ci-dessous ses principales interventions.

    CHÔMAGE : ANALYSER LES DONNÉES AVEC DE LA HAUTEUR

    « Sur l’analyse du chômage, il faut prendre de la hauteur et rappeler que quand on parle du chômage de catégorie A, il s’agit des demandeurs d’emploi qui ne travaillent pas du tout. Or, cet indicateur ne suffit pas à décrire, dans sa globalité, le marché de l’emploi en France quand, par ailleurs, les demandeurs d’emploi de catégories B et C ont augmenté. Enfin, il y a tout ce qu’on appelle le "halo du chômage" : on sait notamment que bon nombre de seniors ne se déclarent plus chômeurs car, à partir d’un certain âge, ils considèrent qu’ils n’ont plus la possibilité de trouver en emploi. »

    « La qualité de l’emploi est aussi essentielle car beaucoup de gens sont employés dans des jobs qui ne permettent pas véritablement de construire un projet de vie. Je pense en particulier aux travailleurs des plateformes. »

    EMPLOYABILITÉ DES SENIORS : PRIVILÉGIER LE MAINTIEN DANS L’ENTREPRISE

    « Sur la question centrale de l’employabilité des seniors, il a longtemps existé, dans les entreprises, un schéma de fonctionnement où l’employeur trouvait, pour les salariés usés par leur longue activité professionnelle, un point de chute afin qu’ils puissent terminer leur carrière dans les meilleures conditions. C’est typiquement le cas des ouvriers qui travaillent sur des machines-outils et qui, forts de leurs compétences, achevaient leur parcours professionnel dans des fonctions logistiques qui ont, malheureusement, progressivement été externalisées. Il s’agit donc, aujourd’hui, de privilégier la possibilité de rester dans l’entreprise. »

    REFONDER DES MODÈLES DE GOUVERNANCE RESPECTUEUX DES DEUX COMPOSANTES DE L’ENTREPRISE : LES ACTIONNAIRES ET LES SALARIÉS

    « Pour la CFE-CGC, le thème du partage de la valeur créée dans l’entreprise est fondamental. Ce partage est celui qui doit être fait entre les actionnaires, les salariés et les investissements. Et ce sujet n’est pas sans lien avec celui des retraites. En effet, bon nombre des grandes entreprises internationales ont comme actionnaires majoritaires des fonds d’investissement, souvent anglo-saxons, dont les clients sont des fonds de pension des retraites par capitalisation - que je préfère appeler placements économiques - des travailleurs de ces pays. Quand certains économistes font des études comparant la part des retraites dans le PIB entre pays, ils affichent que celle-ci y est parmi les plus élevées en France pour justifier des réformes visant à la faire réduire. Mais cette comparaison n’est pas pertinente puisque que le but des retraites par capitalisation est de cotiser relativement peu pour, via un rendement élevé des placements et donc un prélèvement trop fort sur les ressources des entreprises, arriver à l’âge de la retraite avec un capital qui permettra de verser une pension dont le montant ne sera pas plus élevé que celui des régimes par répartition. »

    Ce système, compte tenu du pouvoir excessif des actionnaires, déséquilibre fortement le partage de la valeur, pénalisant l’investissement de nos entreprises et une juste rémunération des salariés, affectant négativement les cotisations à notre propre régime de retraite. Raison pour laquelle la CFE-CGC promeut en permanence un modèle d’entreprise plus responsable et plus durable, avec une refondation des modèles de gouvernance mieux adaptés et davantage respectueux des deux composantes de l’entreprise : les actionnaires et les salariés. »

    FAIRE DES ENTREPRISES DES ACTEURS ENGAGÉS D’UNE TRANSITION JUSTE ET QUI DONNE DU SENS AU TRAVAIL

    « Face aux enjeux sociaux et environnementaux, il y a une prise de conscience générale en faveur d’une nécessaire planification écologique. L’enjeu majeur, c’est de faire des entreprises des acteurs engagés d’une transition juste et qui donne du sens au travail pour les salariés. Pour s’inscrire dans cette trajectoire d’une entreprise plus durable et responsable, la CFE-CGC milite notamment pour la codétermination - un modèle largement en vigueur dans les grandes entreprises en Allemagne et dans l’Europe du Nord -, c’est-à-dire l’association, à hauteur équivalente dans l’entreprise, des actionnaires et des salariés. Pour avoir été moi-même administrateur salarié dans un grand groupe aéronautique coté en Bourse (ndlr : Safran), je peux témoigner que c’est bien dans les conseils d’administration, ou les conseils de surveillance, que se prennent toutes les grandes décisions stratégiques de l’entreprise. Les représentants des salariés doivent donc y tenir toute leur place. »

    « Un exemple pour appuyer mon propos : la pratique veut que les sociétés cotées publient leurs perspectives de résultats financiers à cinq ans. Il devrait être rendu obligatoire que les entreprises qui publient une telle "guidance financière" y associent leur feuille de route sociale et environnementale quantifiée sur le même horizon, traduisant ainsi leur engagement futur dans cette transition. C’est indispensable pour renforcer l’application facultative des pratiques de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qui sont insuffisantes pour adresser l’urgence des enjeux. »

    FORMATION, EMPLOYABILITÉ ET VALORISATION DES COMPÉTENCES

    « La formation tout au long de la carrière doit permettre à chaque salarié de suivre l’évolution des métiers et des compétences. Face à de fortes problématiques de formation et de reconversion, un certain nombre de grandes entreprises mettent en place une stratégie de "pure player" visant à concentrer leurs activités sur un seul secteur. Or, je pense qu’aujourd’hui, compte tenu des ruptures et des transitions qui s’annoncent ces prochaines années, la stratégie des entreprises devrait plutôt être guidée par la volonté de créer les conditions pour valoriser leur outil industriel et les compétences métiers associées, y compris dans des domaines nouveaux liés aux transitions en cours. Cela limiterait les risques, pour beaucoup de salariés, de subir ces transitions et de devoir forcément changer d’entreprise. »

    RENFORCER LA LUTTE CONTRE L’ÉVASION FISCALE

    « Sur les débats relatifs à l’endettement de la France, la CFE-CGC rappelle combien il faut renforcer la lutte contre l’évasion fiscale, évaluée à 80 milliards d’euros par an. Preuve en est les récents exemples édifiants de McDonald’s et de General Electric, avec la forte implication des équipes CFE-CGC. »

    Propos recueillis par Mathieu Bahuet