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Publié le 25 - 03 - 2020

    Confinez la dégressivité !

    Face à l’urgence économique et sociale, le gouvernement a décidé de reporter le second volet de la réforme de l’assurance chômage. Dans la précipitation, il n’a fait que la moitié du job !

    Tout d’abord, l’exécutif « oublie » de reporter la mesure en septembre comme pour les autres salariés. Donc, dès le mois de mai, des chômeurs vont subir une baisse de lleur prestation de 30 %. Ensuite, il faut d’urgence annuler ou au moins modifier les règles envisagées car, tout simplement, la situation économique sera fort différente. Idem concernant le besoin de compétences, avec un chômage de masse.

    UNE RÉFORME BASÉE SUR UNE FICTION ?

    Initialement, la réforme de l’assurance chômage avait été pensée dans un environnement économique favorable, avec des prévisions de croissance à 1,7 % sur les trois prochaines années, et une perspective de plein emploi en 2025.

    C’est pour cela que le gouvernement avait décidé, unilatéralement :

    • de durcir les conditions d’entrée dans le régime ;
    • de baisser les droits des demandeurs d’emploi en modifiant le mode de calcul de l’allocation et la durée de droit ;
    • de mettre en place l’injustifiée dégressivité pour l’encadrement.

    Force est de constater que la réalité n’a pas donné raison aux prévisions (trop) optimistes du gouvernement. À ce titre, et bien avant la crise sanitaire et économique du Covid-19, les prévisions de croissances avaient été revues plusieurs fois à la baisse par la Banque de France, l’OCDE et le gouvernement lui-même.

    Qu’à cela ne tienne ! Faisant fi de la réalité, l’exécutif a gardé ses œillères et a quand même décidé d’appliquer les nouvelles règles.

    Une première partie est entrée en vigueur fin 2019 (durcissement des conditions d’entrée et dégressivité). La seconde partie devait entrer en vigueur le 1er avril 2020… Drôle de date pour baisser les droits des demandeurs d’emploi !
     

    Le terrible retour à la réalité !
     

    Le 24 février, les bourses dévissent, la crise sanitaire se transforme en crise économique, mais le gouvernement garde le cap : la reforme aura lieu !

    Dans ce contexte, la CFE-CGC a interpellé le gouvernement : les chômeurs survivront-ils dans un environnement de crise avec des règles de plein emploi ? À ce titre, pour le bien des chômeurs, de l’économie française et des entreprises, la CFE-CGC avait demandé instamment au gouvernement de faire preuve de bon sens en abandonnant la mise en œuvre des nouveaux modes de calcul des indemnités et de la dégressivité.

    Dans un mouvement de lucidité salutaire, le gouvernement a décidé d’une part de repousser la mise en place du second volet de la réforme, et d’autre part de prolonger la durée du droit des allocataires qui arrivaient, en mars, à la fin de leurs droits aux allocations chômage.
     

    Le travail fait à moitié ?
     

    Naturellement, le retour à la raison du gouvernement est à saluer, mais quid de la dégressivité ? Il n’est, pour l’heure, pas prévu qu’elle soit suspendue !

    Pour mémoire, l’argument gouvernemental pour justifier la dégressivité était le suivant :
    « Comme le taux de chômage de cadres est de 3,5 %, et que les cadres restent plus longtemps que la moyenne au chômage, c’est qu’ils abusent du système ». La dégressivité a donc pour objectif de les inciter à retrouver rapidement un emploi en diminuant le montant de l’allocation de 30 %.

    À de nombreuses reprises, la CFE-CGC a démontré scientifiquement que ces affirmations étaient fausses et que la dégressivité était inefficace voir nocive pour l’économie. En vain ! De même, le gouvernement n’a pas voulu entendre que plus vous étiez qualifiés et expérimentés, moins il suffisait juste de traverser la rue pour trouver un emploi.

    Les conséquences de cette inconséquence
     

    Les premiers cas de dégressivité vont intervenir en mai, pour inciter les cadres au chômage à retrouver plus rapidement un emploi… Retrouver un emploi alors que la France est en quarantaine, que les recrutements sont bloqués, à l’instar des salariés dans leurs domiciles ? Vaste programme !

    Maintenir cette disposition dans le contexte économique et social est une ineptie inconséquente doublée d’une provocation à l’encontre du personnel de l’encadrement.

    La crise touche tout le monde, y compris la classe moyenne. Le CFE-CGC appelle solennellement le gouvernement à la raison. Renoncer à cette disposition dangereuse et inefficace serait un acte de raison que nous appelons de nos vœux.

    Camille Allex