ANTICIPER ET SE PRÉPARER BIEN EN AMONT
Comme le souligne Éric Labouré, délégué national CFE-CGC, « on ne prépare pas des élections trois mois avant le vote ; celles-ci doivent avoir été largement anticipées et cela débute quasiment dès le lendemain des résultats du précédent scrutin. » Notamment en se posant les bonnes questions, en déterminant les marges de progrès, en ayant une bonne perception du corps électoral. « Par mon expérience dans les sites industriels, après des élections, on peut ressentir à la rencontre des salariés s’ils sont plutôt contents de vous voir », témoigne Éric Labouré.
Il s’agit aussi de bien avoir en tête le calendrier global de l’organisation des élections : information des salariés (J-90 avant le premier tour) et expiration des mandats, négociation du protocole d’accord pré-électoral (J-15 maximum), affichage des listes électorales (J-4 minimum), envoi du procès-verbal d’élections (CERFA) à l’issue du scrutin.
En amont du protocole d’accord pré-électoral (PAP), il convient de négocier le périmètre des élections. L’accord permet de définir le nombre et le périmètre des établissements distincts pour la mise en place d’un CSE, les modalités de mise en place de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CCSCT) ou encore le nombre de représentants de proximité.
NÉGOCIER LE PROTOCOLE D’ACCORD PRÉ-ÉLECTORAL
Négocié entre l'employeur et les organisations syndicales de l'entreprise, le PAP est stratégique. « Ce document est capital : il détermine le déroulement des élections, le nombre de salariés dans l’entreprise ou l’établissement, le nombre et la composition des collèges électoraux - la CFE-CGC présente des candidats sur les collèges 2 (techniciens et agents de maîtrise) et 3 pour les cadres (obligatoire si l’entreprise compte au moins 25 cadres) -, et les modalités du vote » détaille Christine Lê. « Cette négociation est fondamentale, appuie Éric Labouré. On y découvre aussi les listes syndicales concurrentes, les éventuels transfuges de candidats ou candidates et les professions de foi. »
Lors de la négociation du PAP, il faut notamment veiller au nombre exact de femmes et d’hommes dans l'entreprise ou l'établissement (et donc de candidats par sexe à présenter parmi les listes), et à l’augmentation ou la réduction du nombre de sièges à pourvoir ou du volume des heures individuelles de délégation.
CONSTITUER SES LISTES DE CANDIDATS
Respect de la représentation équilibrée femmes-hommes, ordre des candidatures, titulaires et suppléants, placement de tel ou tel candidat à des postes stratégiques : la construction des listes, pouvant mêler mandatés expérimentés et aspirants à un premier mandat, est une étape clé. « Une élection CSE, c’est l’occasion de faire monter en responsabilités et en visibilité des militants qui se sont formés, qui ont été actifs, force de proposition, analyse Éric Labouré. À chaque mandature, on découvre de nouveaux profils, des talents qui se révèlent. »
Au sein de la section, il revient au délégué syndical, en coordination avec le délégué syndical central, de bien cartographier les militants qui vont s’investir durant la campagne, les former le cas échéant. « La clé, c’est de mettre la bonne personne au bon endroit selon les appétences et le profil, résume Christine Lê. Le mentorat et la présence de militants expérimentés sont aussi très importants. »
Pour aller chercher de nouveaux candidats, il faut donner envie d’intégrer une liste CFE-CGC en faisant valoir ses spécificités et l’intérêt qu’ils ont à rejoindre la section en place dans l’entreprise. « Il ne faut avoir aucun a priori dans le contact et viser si possible des salariés reconnus professionnellement, conseille Laurence Gnonlonfoun, déléguée nationale CFE-CGC. Actuellement, nous préparons les élections au sein du groupe Fnac-Darty. Il s’agit, dans les magasins, d’entretenir de bonnes relations avec les salariés et nos sympathisants, ceux avec qui on aimerait travailler en leur expliquant les intérêts à s’engager, à se former, à acquérir et à valoriser de nouvelles compétences. Cela passe par des contacts physiques réguliers même si ce n’est pas toujours facile quand les sites sont éparpillés. »
MENER CAMPAGNE AU PLUS PRÈS DU TERRAIN
Le terrain, encore le terrain, toujours le terrain. Ce leitmotiv de l’action syndicale s’applique bien entendu plus que jamais dans le cadre d’une campagne électorale.
« Il faut occuper l’espace, aller à la rencontre des salariés toute l’année, être à leur écoute, insiste Christine Lê. Et organiser des temps d’échange : réunions, cafés, assemblées générales. »
Si chaque élection est spécifique (cultures d’entreprise, forces en présence, complexités locales), des intangibles demeurent. « Mener une campagne efficace, c’est à la fois défendre son bilan, expliquer les positions qui ont été prises avec ou contre les directions lors de la dernière mandature, et faire valoir sa vision et son programme, préconise Éric Labouré. C’est aussi prêter très attention à la transparence et l’utilisation des fonds, et à la gestion qui est faite par le CSE des activités sociales et culturelles (ASC). »
Si les équipes syndicales font campagne pour tous les salariés de l’entreprise, « il est important de faire valoir la spécificité catégorielle de la CFE-CGC, syndicat de l’encadrement, auprès de nos populations et de celles qui, au cours de leurs carrières, passeront un jour agent de maîtrise ou cadre », ajoute Laurence Gnonlonfoun.
Dans le cas d’une jeune section qui aborde ses premières élections CSE, les trois élus confédéraux rappellent que les équipes militantes peuvent demander des conseils et bénéficier de l’accompagnement de la confédération (outils, formations), de leur syndicat et fédération d’appartenance (connaissances sectorielles et bonnes pratiques), et de l’union territoriale concernée pour toutes les dimensions locales.
SOIGNER SA COMMUNICATION
Mener campagne, c’est aussi communiquer. « En la matière, il faut parler des choses pratiques qui intéressent les salariés avec des messages courts, concis », conseille Laurence Gnonlonfoun. « Rien ne vaut des opérations de notoriété telles que les distributions de tracts, de goodies, de calendriers », complète Christine Lê. Animer ses réseaux sociaux est aussi fondamental, d’autant que dans bon nombre d’entreprises, il n’y a pas d’accord pour communiquer directement auprès des salariés.
Pour le reste, des ressources (flyer de présentation, affiches thématiques et personnalisables, boutique en ligne, bandeaux réseaux sociaux…) sont à disposition sur le site Intranet CFE-CGC, de même que le mémo pratique « Élections CSE : 6 actions pour réussir ».
ENTRETENIR LA DYNAMIQUE
Écouter les salariés, faire des propositions, négocier avec les directions, faire vivre le dialogue social en entreprise sont des missions au long cours, cycle électoral après cycle électoral. « C’est un travail militant de long terme, de fond, qui ne s’improvise pas ; il faut toujours avoir un temps d’avance et ne jamais s’endormir sur ses lauriers », indique Christine Lê, qui cite l’exemple de son entreprise, EDF, où la CFE-CGC est devenue fin 2023 la première organisation syndicale après un travail de longue haleine.
« Une campagne électorale est aussi un temps fort pour le collectif syndical. Il y a quelque chose de grisant, le stress avant le vote, etc. Ce sont des moments précieux », conclut Éric Labouré.
Mathieu Bahuet