C’est le premier événement de la rentrée. À l’occasion de la REF26 (Rencontre des Entrepreneurs de France), qui succède aux Universités d'été du MEDEF, politiques de tous bords, hommes d’affaires, intellectuels et syndicats sont présents à Roland-Garros pour échanger sur les principaux enjeux politiques, sociétaux et économiques du pays.
Foulant le court Philippe-Chatrier sans terre battue, la présidente nouvellement élue de la CFE-CGC Christelle Thieffinne était invitée à débattre sur un sujet bien sensible « la solidarité inconditionnelle, jusqu’à quand ? ». Une question qui résonne particulièrement à l’heure où le gel des pensions et prestations sociales prévu par le budget 2026, s'ajoute à la polémique sur les 211 milliards d'euros d'aides publiques versées chaque année aux entreprises sans réelle contrepartie.
Animé par David Abiker, le débat réunissait, en plus de Christelle Thieffinne, Gilbert Cette (Professeur d’économie à NEOMA Business School), Jean-Pierre Farandou (Ministre du Travail et des Solidarités), Sophie Boissard (Directrice générale du groupe Clariane et membre du conseil de surveillance d’Allianz SE et d'Eiffage), Thomas Buberl (Directeur général et administrateur d’AXA) et Xavier Bertrand (Président de la Région Hauts-de-France) étaient également présents.
L’importance de croire au système
Dans un exercice compliqué avec peu de temps pour beaucoup d’intervenants, Christelle Thieffinne a notamment été interrogée sur les limites de la CFE-CGC. Au sein du syndicat, peut-on parler de tout ? « Oui », affirme la présidente « Mais avant de parler de nos limites, il faut se demander à quoi sert le modèle social. Il sert à tenir un pays socialement et économiquement lorsqu’il y a du chaos ». Un exemple illustratif à ses yeux : les incendies massifs qui ont ravagé le pays cet été : « Il y a eu des aides immédiates et importantes pour les entreprises, et personne n’a remis en cause cette solidarité. On ne peut pas aujourd’hui accuser un "État Providence" d’aider trop les salariés quant à côté, lorsqu’il aide les entreprises, il n’y a pas photo ».
D’autant que pour l’ancienne ingénieure chez Thales, « Derrière les entreprises, il y a des salariés. Les entreprises doivent se souvenir qu’à chaque fois qu’elles sont aidées, c’est en partie via les impôts des citoyens et leurs cotisations ! » A elles de renvoyer l’ascenseur donc « en garantissant des emplois corrects et à la hauteur, dans tout leur périmètre de responsabilité ». Cette solidarité, pour elle, ne doit pas être « déséquilibrée en permanence » par des ajustements incessants qui touchent les classes moyennes « ll faut absolument défendre celles et ceux qui financent notre système social. Ils y contribuent, et doivent donc pouvoir en toucher les fruits. Sans cela, c’est toute la cohésion et la solidarité nationales qui seront en péril ».
Sur la retraite par capitalisation -sujet brûlant du conclave retraite auquel elle a participé-, Christelle Thieffinne a confirmé qu’il n’y avait « aucun tabou » au sein de la CFE-CGC. Interrogée ensuite sur la désindexation des pensions de retraite elle note, que ce sujet, revient souvent pendant l’été. « Je trouve que c’est facile de toujours attaquer les retraités, mais c’est dangereux. En remettant en cause les contributions des salariés, nous fragilisons le modèle. Si on parle de désindexer les retraites, c’est qu’on ne croit pas au système, car on part du principe que la retraite, ce n’est pas une pension, mais de la solidarité. Mais ce n’est pas du tout le cas ! », as-t-elle rappelé.
Le social, une valeur républicaine
Les autres intervenants du débat ont, eux aussi, livré leur lecture sur ces sujets. Parmi eux, interrogé sur le lien entre solidarité et devoir, le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou assume : « Oui, il faut des contreparties. La meilleure solidarité, c'est de permettre aux personnes éloignées de l'emploi d'en retrouver un. Plus il y a de gens qui travaillent, mieux on se porte ».
Autre sujet, l'efficience de la dépense publique. « Il faut faire mieux avec moins. J'ai mis en place du contrôle de gestion au ministère, des tableaux de bord, des indicateurs. Ce n'est pas toujours bien accueilli, mais cela responsabilise. Lorsqu’on distribue de l’argent public, il est normal de vérifier que les organismes qui le reçoit remplissent les objectifs qu’on leur donne ». Lui, qui s’est dit favorable à la désindexation des retraites et l’augmentation de la TVA sociale, revendique une baisse de 10 milliards d'euros des dépenses de son ministère en deux ans, plaide pour un équilibre : « Il faut faire du social, car aider les plus démunis fait partie des missions de l'État. C’est une valeur républicaine ».
À moins d’un an des présidentielles, cette conférence aura confirmé que le modèle social français, sera un des enjeux majeurs des échanges à venir.
François Tassain