Présidente du groupe CFE-CGC au Conseil économique, social et environnemental (CESE) durant deux mandatures, Véronique Biarnaix-Roche dresse le bilan d'une institution aux débats apaisés et aux productions sous-estimées.
Après plusieurs années à la tête du groupe CFE-CGC au CESE, quel bilan tirez-vous de la dernière mandature ?
Un excellent bilan. L’organisation CFE-CGC s’est renforcée ces cinq dernières années avec un passage de 4 à 6 conseillers pour la mandature actuelle. Ceux présents ont tous été impliqués et engagés sur les sujets sur lesquels notre organisation travaillait. Pour s’assurer de bien retranscrire la ligne du syndicat, nous nous sommes beaucoup appuyés sur la publication confédérale « Restaurer la confiance ».
Notre groupe est également intervenu sur des groupes de travail où la CFE-CGC n'était pas représentée, notamment sur l'environnement et l'éducation. Car même sur des sujets sur lesquels la CFE-CGC n'a pas toujours de position arrêtée, ce sont des sujets d'actualité qui concernent tous nos adhérents et les citoyens. Celui de la fin de vie est un bon exemple puisqu’elle concerne le corps médical et toutes celles et ceux confrontés, personnellement ou dans leur proche cercle familial, à des maladies sans retour. Nous avons aussi été corapporteurs d'un avis sur le pouvoir d'achat dans les Outre-mer, et notre présence au bureau a permis de bien suivre toute la gouvernance.
Sur quels sujets ou avis le groupe CFE-CGC a-t-il pesé de manière significative ? Y a-t-il des positions que vous avez pu faire évoluer ?
De nombreux sujets ont été discutés comme l'industrialisation, la santé - notamment la bioéthique - et, récemment, la légalisation des tests génétiques, le pouvoir d'achat ou encore la transition énergétique. Tout au long de la mandature, nous avons par ailleurs milité pour l’introduction de conditionnalités des aides aux employeurs.
L’avantage du CESE est que les discussions sont apaisées. Dès lors qu'on fait référence au collectif ou aux droits existants, nous arrivons toujours à des compromis et des consensus, même sur des sujets clivants où chacun cherche à améliorer ses connaissances. Certes, toutes les positions de la CFE-CGC ne sont pas forcément partagées d'emblée. Mais ce sont des échanges, des débats. Sur les catastrophes climatiques par exemple, nous avons plaidé pour une meilleure solidarité et la mise en place de fonds dédiés.
Le CESE a un caractère consultatif : nous sommes le premier mot avant la loi et nous orientons les débats. Le CESE nous encourage également à sortir de nos « prés carrés » respectifs. Des thématiques comme l’intelligence artificielle ou la qualité de vie et des conditions de travail sont des sujets universels dans lesquels le statut de l'un ou de l'autre n'est pas forcément pertinent. Mais nous restons toujours vigilants sur tout ce qui pourrait toucher spécifiquement l’encadrement, en nous efforçant de reprendre les positions confédérales.
Y a-t-il des sujets sur lesquels vous auriez souhaité aller plus loin ou des contraintes qui ont freiné votre action ?
Un regret, oui : nous aurions souhaité davantage d'interactions avec le gouvernement et les deux autres assemblées (Assemblée nationale, Sénat). Sur cette dernière mandature, nous avons eu cinq gouvernements et près de 200 ministres. Lors des 18 derniers mois, le Premier ministre n'est intervenu au CESE que sur des sujets de dimension européenne, et nous n'avons eu qu'une seule occasion de poser des questions au gouvernement.
Le CESE reste méconnu du grand public. Quelle est sa valeur ajoutée dans le paysage institutionnel ?
Le CESE ne coûte rien ou presque : 34 millions d'euros par an contre 345 millions pour le Sénat et 571 millions pour l'Assemblée nationale. Et pourtant, il permet d'évaluer et de produire des études d'impact de très grande qualité sur des sujets d'actualité que les deux autres assemblées ne traitent pas. La qualité du travail est là : les avis sont fouillés, documentés. Des outils comme la convention citoyenne donnent des productions très riches dont le gouvernement devrait davantage se saisir. Je veux aussi tordre le cou à une idée reçue : l'indemnité de fonction est de 2 500 euros par mois, mais c'est la confédération qui la touche, pas le conseiller. Et ce n'est pas quatre jours par mois mais quatre jours par semaine, un travail à temps plein. J'y ai personnellement consacré six jours sur sept.
Quel message souhaitez-vous adresser aux adhérents et aux militants CFE-CGC ? Et quelles recommandations donneriez-vous au nouveau groupe CFE-CGC (voir encadré) qui prend le relais au CESE ?
Le CESE est une maison dont les portes sont grandes ouvertes : chacun peut assister aux plénières en tant qu'observateur, il suffit de s'inscrire sur le site. Tous les sujets concernent nos adhérents et tous les avis et études sont disponibles en ligne.
Pour le nouveau groupe CFE-CGC, mon message est simple : restez vous-mêmes, impliquez-vous et échangez dans l'intérêt collectif avant tout. Et j'ajouterais une chose : intégrez davantage les CESER (conseils économiques sociaux et environnementaux régionaux) dans vos travaux. Les territoires sont aujourd'hui si différents les uns des autres que certaines décisions nationales deviennent vite hors-sol. Croiser leurs travaux avec ceux du CESE serait une vraie richesse.
Propos recueillis par François Tassain
Le CESE en chiffres et le nouveau groupe CFE-CGC
Troisième assemblée de la République aux côtés de l'Assemblée nationale et du Sénat, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) renouvelle ses membres tous les cinq ans. La mandature précédente avait duré six ans en raison du Covid-19. La nouvelle a débuté le 26 avril 2026.
Le CESE compte
175 conseillers (contre 233 auparavant) répartis en trois piliers : les représentants des entreprise (52 sièges), les représentants des salariés (52 sièges), les représentants au titre de la cohésion sociale et territoriale et de la vie associative (45 sièges), et les représentants au titre de la protection de la nature et de l'environnement (26 sièges). Ils sont répartis en 19 groupes de travail.
La représentativité d’un syndicat au niveau national se traduit directement dans sa présence au CESE. Ainsi, parmi les syndicats, la CFDT et la CGT disposent de 14 et 12 sièges, FO en a 9, contre 4 pour la CFTC, 4 pour l'UNSA, 2 pour Solidaires et 1 pour la FSU.
La CFE-CGC,
dont la représentativité s’est accrue lors des derniers cycles électoraux, dispose de 6 conseillers lors de cette nouvelle mandature, contre 4 lors de la précédente. C’est Fabrice Nicoud qui a pris la présidence du groupe, succédant à Véronique Biarnaix-Roche. Les autres conseillers sont Madeleine Gilbert, Aurore Halbout, Christophe Roth, Djamel Souami et Brigitte Trazzera.