Retour aux actualités précédentes
« La CFE-CGC est très attachée à son identité catégorielle »
Lors d’une rencontre organisée le 30 juin par l’association Dialogues en présence de ses adhérents, Christelle Thieffinne, nouvelle présidente confédérale, a livré sa vision du dialogue social et évoqué les spécificités de la CFE-CGC.
Élue le 10 juin dernier à la présidence de la CFE-CGC lors du 39e congrès confédéral à Strasbourg, Christelle Thieffinne s’est prêtée à l’exercice des questions-réponses lors d’une rencontre organisée le 30 juin au siège confédéral à l’initiative de Dialogues et de sa directrice générale Sophie Thiéry. Fondée en 2003, réunissant professionnels des ressources humaines et représentants syndicaux, l’association s’attache à promouvoir « un dialogue social innovant et des relations sociales de qualité ».
Devant un parterre d’adhérents et d’acteurs du dialogue social, Christelle Thieffinne a évoqué son parcours, les enjeux de dialogue social et la place de la CFE-CGC. Nous reproduisons ci-dessous ses principales interventions.
PARCOURS PROFESSIONNEL ET ENGAGEMENT SYNDICAL
« Salariée du groupe Thales depuis 1998, ingénieure en génie des systèmes industriels, j’ai exercé l’essentiel de ma carrière chez Thales AVS sur le site de production de Vendôme (Loir-et-Cher), où j’aime à dire que je connais les 500 salariés du site, de l’accueil jusqu’au directeur. Je me suis toujours intéressée au collectif de travail, aux enjeux organisationnels, économiques et sociaux, d’où mon engagement syndical. Sollicitée par diverses organisations, j’ai adhéré à la CFE-CGC, celle qui représente spécifiquement les salariés de l’encadrement avec cette notion clé de responsabilité.
Après plusieurs mandats syndicaux en entreprise, j’ai pris des responsabilités à la fédération CFE-CGC Métallurgie, négociant notamment le volet protection sociale de la nouvelle convention collective de branche. Puis j’ai été élue secrétaire nationale CFE-CGC à la protection sociale en 2023 avant de me porter candidate et d’être élue présidente confédérale. »
DIALOGUE SOCIAL ET MONDE DU TRAVAIL EN MUTATION
« Le dialogue est plus que jamais fondamental tant nous vivons des transformations majeures dans le monde du travail : transitions économique et écologique, essor de l’intelligence artificielle, enjeux de réindustrialisation… Les partenaires sociaux doivent en être acteurs. C’est l’ADN de la CFE-CGC de formuler des propositions en phase avec les réalités du terrain et de dialoguer avec les directions des relations sociales en entreprise.
Sur l’IA, j’invite en particulier les employeurs et les DRH à s’emparer de ces sujets - emplois, compétences, "shadow IA", données personnelles, impacts sur les cols blancs, accompagnement des jeunes salariés - et à négocier avec les représentants du personnel. »
DYNAMIQUE DE LA CFE-CGC ET SPÉCIFICITÉS
« Grâce au travail de nos sections syndicales et de tous nos militants, la CFE-CGC est l’organisation qui a le plus progressé lors des trois derniers cycles électoraux. Nous sommes le premier syndicat dans bon nombre de grandes entreprises (EDF, Renault, Stellantis, dans la banque, dans l’assurance…). En restant connectés au terrain, je veux entretenir cette dynamique et faire de la CFE-CGC la troisième force syndicale du pays.
La CFE-CGC est très attachée à son identité catégorielle. Nous représentons les personnels de l’encadrement (techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs, cadres) dont les effectifs progressent. Tous secteurs d’activités confondus, nous avons des marqueurs forts : la reconnaissance de l’encadrement dont le volet rémunération, promouvoir l’ascenseur social et la prise de responsabilités, accompagner les manageurs.
L’encadrement joue un rôle majeur dans la transformation des entreprises. À cet égard, je constate que les services RH se sont vu imposer au fil des années des logiques purement financières prenant le pas sur la gestion humaine de leurs missions. C’est problématique. »
INTERSYNDICALE, PARTENAIRES SOCIAUX, PARITARISME
« Au niveau national interprofessionnel, l’agenda est sur pause. Les organisations patronales, Medef en tête, sont peu enclines à négocier. C’est assez incompréhensible. Mais les travaux reprendront, peut-être après la conférence travail, emploi, retraites (TER) qui doit déboucher sur des sujets à la rentrée, dont l’IA et l’emploi des jeunes.
L’intersyndicale constituée en 2023 lors de la grande mobilisation contre la réforme des retraites est aujourd’hui un bien commun qui permet de porter, selon les dossiers, des revendications communes.
Nous restons fortement attachés au paritarisme, un modèle vertueux qui a fait ses preuves dans des organismes tels que l’Agirc-Arrco (retraites complémentaires), où la bonne gestion des partenaires sociaux a permis de constituer de solides réserves financières sur lesquelles lorgne régulièrement le pouvoir politique. »
RAPPORT AU POLITIQUE
« La CFE-CGC - c’est inscrit dans ses statuts - est indépendante de tout parti politique. Nous y sommes très attachés. Pour les échéances nationales l’an prochain, nous transmettrons nos revendications aux candidats et demeurons ouverts aux échanges. Et face aux attaques que peuvent subir les syndicats de la part des politiques, je rappelle que le nombre d’adhérents à nos organisations est bien supérieur à ceux des principales formations politiques du pays ! »
Propos recueillis par Mathieu Bahuet et François Tassain