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Publié le 20 - 07 - 2026

    Fonction publique territoriale : une mosaïque à apprivoiser

    Avec près de 2 millions d'agents et une large diversité de métiers, la fonction publique territoriale constitue un terrain d'action prioritaire pour la CFE-CGC. Éclairages avec Béatrice Barrau, présidente du Syndicat national des territoriaux (SNT CFE-CGC).

    Contrairement à la fonction publique d'État, dont les missions régaliennes sont bien connues et définies, et la fonction publique hospitalière, que le grand public identifie aisément, la fonction publique territoriale n’est pas un bloc homogène.  « Lorsqu’on parle de la territoriale, il faut maitriser l'art de la nuance », résume Béatrice Barrau, présidente du Syndicat national des territoriaux (SNT CFE-CGC), dans le giron de la fédération CFE-CGC des services publics. Et pour cause : les 1,9 million d’agents en question exercent près de 200 métiers dans de nombreuses filières, et comptent des dizaines de milliers d'employeurs.

    DES SITUATIONS TRÈS DIVERSES

    Cuisinier de collège, jardinier, agent d’entretien des routes, policier municipal, directeur des affaires culturelles, ingénieur en transition écologique… Tous et toutes sont agents territoriaux. Et s’ils relèvent, à des degrés divers, des mêmes règles statutaires, leurs conditions de travail, leurs moyens mis à disposition et leurs relations avec l’État employeur varient du tout au tout selon la collectivité qui les emploie. Comme l’illustre Béatrice Barrau, « une assistante sociale va travailler de façon très différente selon qu'elle officie dans une structure départementale ou une mairie ».

    Cette myriade de communes, de départements, de régions et d'établissements publics sont en effet chacun dotés de leur propre culture avec telles orientations stratégiques et telles marges budgétaires. La présidente du SNT parle de la réalité du terrain : « On va avoir une façon de voir la culture très différente à Trappes et à Lyon. Certaines collectivités possèdent de larges effectifs de policiers municipaux avec des équipements modernes et bénéficiant d'une formation poussée. D'autres n'en ont qu'un seul, avec des moyens limités, parfois sans arme. »

    PROFILS DES AGENTS ET SPÉCIFICITÉS

    Ce foisonnement de situations n'est pas sans conséquence sur le profil des agents à représenter. Car si la CFE-CGC est historiquement la représentante et porte-parole des personnels de l’encadrement dans le secteur privé (techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs, cadres), la fonction publique territoriale présente un visage très différent : plus de 70 % des agents y sont de catégorie C, c'est-à-dire aux échelons les moins qualifiés et les moins rémunérés de la fonction publique.

    On parle là de métiers essentiels, souvent peu valorisés, exercés par des personnes parfois fragilisées par des situations personnelles ou administratives complexes, peu familières du fait syndical et, plus largement, de leurs droits. « Pour ces agents qui peuvent être influençables, vulnérables, souvent peu informés, nous devons apporter une représentation sérieuse et rigoureuse », souligne Béatrice Barrau.

    S'IMPLANTER, UN PUZZLE DE LONGUE HALEINE

    Mais représenter ces agents suppose d'abord de les atteindre, une tâche qui s’avère très compliquée. Car contrairement à la fonction publique d'État, où les élections professionnelles se tiennent à l'échelle des ministères, celles dans la fonction publique territoriale sont organisées collectivité par collectivité, ce qui se traduira en décembre prochain par des milliers de scrutins distincts à couvrir simultanément.

    Sur le plan syndical, cela signifie, pour chaque scrutin, de monter une section, de trouver des candidats et de déposer des listes. « C'est un puzzle très long à constituer, reconnaît Béatrice Barrau, ce d’autant que le vote électronique n'est en place que depuis l'an dernier. » En parallèle, le SNT CFE-CGC a également beaucoup travaillé sur sa communication avec un site internet et des supports adaptés pour faciliter la compréhension des enjeux et les liens avec les collègues du secteur privé.

    SOUTIEN TERRITORIAL ET PASSERELLES PUBLIC-PRIVÉ

    Dans une fonction publique territoriale très décentralisée, le travail syndical est par essence collectif. Le SNT s'appuie ainsi sur les unions territoriales CFE-CGC. Béatrice Barrau insiste sur ce maillage : « Nos collègues des territoires et des unions régionales sont très précieux car ils sont généralement les premiers relais, à la fois pour identifier des personnes susceptibles de nous rejoindre et pour nouer les premiers contacts avec les élus et les directions des ressources humaines. »

    La perméabilité entre secteur public et secteur privé constitue ici un atout : des pans entiers de services publics basculent en effet vers le privé avant parfois d'y revenir, créant des situations hybrides où l'ancrage CFE-CGC dans les deux univers devient un véritable avantage. « Un jour on a un comité social territorial (CST), le lendemain on a un comité social et économique (CSE) », explique Béatrice Barrau.

    DES REVENDICATIONS SYNDICALES ANCRÉES DANS LE RÉEL

    Face à ces situations spécifiques, le SNT CFE-CGC revendique une approche du sur-mesure, permettant un taux élevé de fidélisation des adhérents. Ses revendications, elles, suivent le même fil conducteur : l'attractivité de la fonction publique territoriale avec la revalorisation du point d’indice, seul levier « universel » sur lequel le syndicat peut peser, là où les primes doivent être négociées collectivité par collectivité. Un enjeu d'autant plus central que la majorité des agents de la territoriale sont en catégorie C, avec des salaires modestes et des frais de transport souvent considérables. « Récemment, j’ai reçu un collègue d'un service technique qui avait perdu 1 800 euros en trajets cette année, soit l'équivalent d'un mois de salaire », indique Béatrice Barrau.

    La question du pouvoir d'achat est d'autant plus prégnante que les agents territoriaux ne bénéficient pas de tarifs négociés sur les loisirs ou la culture, comme cela peut être le cas dans le privé avec le CSE et les activités sociales et culturelles (ASC) en entreprise. Pour y remédier, le SNT CFE-CGC a mis en place pour ses adhérents SNT Avantages, un dispositif de réductions auprès de divers partenaires.

    Les conditions de travail constituent par ailleurs un autre front majeur. Qui plus est dans un contexte où les collectivités sont sous pression financière croissante, à devoir faire toujours plus avec moins, et où les réorganisations se succèdent à un rythme soutenu. À Toulouse par exemple, les réformes successives ont fait éclater les services centraux vers des pôles territoriaux de proximité, au prix d'une forte anxiété pour des agents sommés de devenir polyvalents du jour au lendemain. Et c'est au sein le comité social territorial (CST), l’instance de dialogue social propre à la territoriale, que le SNT et ses élus portent ces sujets au quotidien.

    Sa présidente pointe au passage une régression majeure : « Autrefois, il y avait une instance, la commission administrative paritaire (CAP), qui gérait l'évolution de carrière. Mais depuis la loi de transformation de la fonction publique en 2019, les syndicats n'ont plus leur mot à dire sur la progression des agents. C'est une perte de pouvoir. »

    RECONNAISSANCE ET VALORISATION DES AGENTS

    Derrière la question des conditions de travail se joue aussi celle de la reconnaissance au travail pour tous les agents. Car si la fonction publique territoriale compte une majorité d'agents en bas de l'échelle salariale, elle abrite aussi de nombreux profils plus qualifiés : des chercheurs, des ingénieurs, des experts en transition écologique qui ont choisi le service public par conviction, malgré les désavantages. « De jeunes ingénieurs font par exemple le choix de venir travailler dans le service public là où ils pourraient gagner trois fois plus dans le privé, assure Béatrice Barrau. Ces collègues doivent être soutenus et pouvoir vivre de leur métier sinon nous perdrons ces précieux profils. »

    François Tassain