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Publié le 28 - 08 - 2020

    Chez Optic 2000, une période de crise plutôt bien gérée

    Par Rodolphe Wolter, délégué syndical CFE-CGC au siège du Groupe Optic 2000.

    Confrontés à une crise hors norme, la CFE-CGC et ses militants s’activent au quotidien dans les branches professionnelles et les entreprises pour faire vivre un dialogue social plus indispensable que jamais. Le témoignage de Rodolphe Wolter. 

    LE CONTEXTE COOPÉRATIF

    « Optic 2000 est un groupement coopératif, c’est-à-dire que chaque magasin appartient à un opticien indépendant qui devient associé de la coopérative. Le siège de celle-ci est basé à Clamart (Hauts-de-Seine). Il emploie 450 salariés : environ 150 dans la logistique et 300 dans les services. Son activité consiste essentiellement à fournir de l’aide aux 1 200 magasins du réseau sous forme de prestations de marketing et de communication, négociations avec les fournisseurs, fabrication et distribution de la fameuse deuxième paire offerte aux clients. C’est le siège qui reçoit et assemble les montures et les verres dans un atelier. »

    BAPTÊME DU FEU MILITANT

    « Je suis responsable du Développement, basé à Lyon, chargé de tout l’Est de la France et délégué syndical CFE-CGC pour le siège d’Optic 2000 depuis avril dernier. J’ai succédé dans cette fonction à Béatrice Genet qui a considérablement développé la présence de la CFE-CGC dans l’entreprise puisqu’elle est partie d’une époque où la CFTC et la CGT étaient les deux syndicats historiques pour atteindre un stade où nous détenons aujourd’hui cinq postes sur douze au CSE dont quatre postes de cadres sur cinq. Dans la mesure où je suis très souvent en déplacement, nous nous sommes organisés pour que ce soit l’un de mes collègues de la CFE-CGC, Renaud Glénat, qui travaille au siège, qui prenne le secrétariat du CSE. En ce qui me concerne, j’étais désireux d’exercer le mandat de délégué syndical. Cela faisait d’ailleurs un an que Béatrice me conviait à toutes les négociations et que j’y rencontrais les autres partenaires sociaux. Cela dit, j’ai pris la crise du Covid-19 de plein fouet comme baptême du feu en tant que DS ! »

    GRANDES MANŒUVRES AU SIÈGE

    « Des CSE extraordinaires se sont tenus au siège d’Optic 2000 les 15 et 16 mars. Dès le mardi soir, tout le monde a été mis en chômage partiel, après quoi la DRH a affiné la situation en introduisant du télétravail sur les fonctions nécessaires. La DRH est restée ouverte, tout comme la comptabilité, la communication et les relations presse. Les animateurs réseau, qui sont normalement toute la journée sur la route pour accompagner les opticiens, sont passés eux aussi en télétravail. Au total, sur 450 salariés, un peu plus de 300 sont restés en chômage partiel. »

    MAGASINS EN PREMIÈRE LIGNE

    « Les magasins d’optique-lunetterie se sont heurtés à une ambiguïté de départ puisqu’ils ont très vite été autorisés à ouvrir, sauf qu’ils ne faisaient pas partie de la liste des professionnels de santé destinataires des kits sanitaires. Autrement dit, ils avaient le droit d’ouvrir mais il fallait qu’ils se débrouillent pour les masques et le gel à une époque où c’était impossible d’en trouver, si bien que le siège a pris la décision de préconiser la fermeture. La quasi-totalité des magasins de notre réseau a donc d’abord baissé le rideau, après quoi ceux qui le souhaitaient ont réouvert environ deux matinées par semaine dans le cadre d’un dispositif national coordonné par le Syndicat des opticiens. L’idée était de fournir un service minimum d’urgence pour réparer et changer les lunettes du personnel soignant ou d’autres catégories de clients ayant des contraintes. »

    TÉLÉTRAVAIL À GÉOMÉTRIE VARIABLE

    « Certains salariés sont revenus physiquement au siège fin avril pour commencer à relancer les ateliers et la logistique. Le 11 mai, la direction a remis quasiment tout le monde en activité avec un maximum de télétravail et quelques retours en présentiel sur les postes l’exigeant. C’est alors que nous avons eu quelques frictions avec la direction puisque l’équipement des salariés en portables, VPN, etc., ne suivait pas, contrairement à ce qui s’était passé au début du confinement. Début juin, lors du deuxième déconfinement, la direction a demandé que les salariés reviennent deux jours par semaine en présentiel et depuis le 22 juin, trois jours. Le 10 juillet, date de la fin de l’urgence sanitaire, nous revenons au système de télétravail en vigueur chez nous avant la crise, soit trois jours par mois uniquement pour les cadres. »

    UN BILAN SYNDICAL ET SOCIAL MITIGÉ

    « Le bilan syndical et social de cette période est mitigé. La direction n’a pas pris de décisions trop fortement défavorables aux salariés mais elle nous a mis souvent devant le fait accompli. Prenons l’exemple des jours de congé. Les trois délégués syndicaux représentatifs ont été informés par Skype que la direction allait proposer aux salariés de poser trois jours sur la base du volontariat. Elle était donc assez loin du maximum exigible de dix jours, ce qui rendait délicat de contester cette décision. Mais pour autant elle l’a décidé sans nous… En revanche, j’ai pris soin de m’assurer qu’elle n’écrive pas dans son email aux salariés : "Nous en avons discuté avec les DS…"»

    PAS DE LICENCIEMENTS OPPORTUNISTES

    « Il est trop tôt pour tirer un bilan économique de la crise concernant notre enseigne. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’au siège il n’y a pas eu de suppressions d’emplois opportunistes. Des nouveaux recrutés qui avaient signé leur contrat de travail et quitté leur emploi précédent sont arrivés en plein confinement et ont été mis en chômage partiel. Par contre, toutes les embauches prévues pour la suite de l’année 2020 ont été gelées, soit une quinzaine de postes. Et un gros effort de réduction de coût est demandé à chaque directeur de service, ce qui entraîne le report de nombreux projets à l’année prochaine. »

    RENDEZ-VOUS EN 2021

    « Globalement, le gros travail du début du confinement a consisté à accompagner les opticiens dans la sauvegarde de leurs commerces : faire décaler leurs emprunts et leurs loyers, les aider à mettre leurs collaborateurs en chômage partiel, demander les prêts garantis par l’État, etc. Ils ont globalement eu très peu de charges pendant le confinement et la reprise d’activité est très forte depuis le 11 mai. Nous sommes dans un secteur d’activité qui reste un achat de nécessité. Et le pouvoir d’achat des clients dans nos magasins n’est pas directement lié à leurs revenus : si une personne a un petit salaire et une très bonne mutuelle, elle peut consacrer un budget important à ses lunettes. Pour toutes ces raisons, on ne constate pas de défaillances dans notre réseau. Cela dit, je crois qu’il faudra surveiller le début 2021. C’est la période durant laquelle beaucoup d’opticiens qui ont obtenu des reports de prêts ou de loyer vont avoir à payer des doubles mensualités. Ils auront donc des charges lourdes pendant quelques mois. »

    Propos recueillis par Gilles Lockhart